L’addiction au jeu existe-t-elle vraiment ?

Bertrand Karnet
L'addiction au jeux existe-elle vraiment
L’addiction au jeu existe-t-elle vraiment ?

La question de l’addiction au jeu, et plus largement des comportements de jeu excessifs, fait l’objet de débats scientifiques depuis plusieurs années. Si certaines institutions internationales reconnaissent aujourd’hui l’existence de troubles liés au jeu, une partie de la communauté scientifique appelle à la prudence quant à leur définition, leur périmètre et leur diagnostic.

Alors, l’addiction au jeu existe-t-elle réellement, ou s’agit-il d’un concept encore trop flou pour être pleinement établi ?

La reconnaissance du trouble du jeu par l’OMS

L’Organisation mondiale de la santé a intégré le trouble du jeu dans sa classification internationale des maladies (CIM). Selon cette définition, plusieurs critères peuvent indiquer un comportement problématique :

  • le jeu devient prioritaire par rapport aux autres activités,
  • la personne continue à jouer malgré des conséquences négatives importantes,
  • la pratique affecte durablement la vie personnelle, sociale ou professionnelle,
  • ces comportements persistent sur une période prolongée (au moins douze mois).

Cette reconnaissance institutionnelle marque une étape importante, mais elle ne fait pas l’unanimité.

Des critères jugés trop larges par certains chercheurs

Pour plusieurs spécialistes, ces critères restent trop généraux et pourraient s’appliquer à de nombreux comportements humains sans être spécifiques au jeu.

Andrew Przybylski, psychologue à l’Oxford Internet Institute, souligne que ces critères pourraient concerner d’autres pratiques du quotidien :

« On pourrait remplacer le mot “jeu” par “travail”, “sport” ou même “alimentation” sans modifier fondamentalement la logique du diagnostic. »

Selon cette approche, le risque serait de qualifier comme pathologiques des comportements excessifs qui relèvent parfois de troubles sous-jacents plus larges.

Jeu excessif, dépression et anxiété : un lien étroit

Michelle Colder Carras, chercheuse en santé publique à l’Université Johns Hopkins, reconnaît que certaines personnes souffrent réellement en raison de leur pratique excessive du jeu, qu’il s’agisse de jeux d’argent ou de jeux vidéo.

Toutefois, elle rappelle que ces situations sont souvent associées à :

Dans ces cas, le jeu n’est pas toujours la cause principale, mais plutôt un symptôme ou un moyen d’évitement, ce qui complique l’établissement d’un diagnostic spécifique.

Des limites méthodologiques dans les études existantes

Un autre point de friction concerne la qualité des études disponibles. Plusieurs chercheurs soulignent des problèmes récurrents :

  • difficulté à estimer le nombre réel de personnes concernées,
  • données souvent issues de forums ou d’auto-déclarations,
  • absence de méthodologies homogènes,
  • manque de transparence dans le partage des données.

Ces limites expliquent les écarts importants entre certaines estimations, qui varient parfois de moins de 1 % à des chiffres beaucoup plus élevés.

Trouble du jeu : une notion à manier avec précaution

Il est important de noter que l’OMS n’utilise pas le terme de « dépendance » au sens strict, mais parle de troubles liés à un comportement addictif. Cette distinction vise précisément à éviter une stigmatisation excessive.

Certains experts craignent en effet qu’un diagnostic trop large :

  • renforce des peurs infondées,
  • alimente des amalgames,
  • détourne l’attention de troubles mieux identifiés et mieux traités.

Reconnaître la souffrance sans généraliser

Ces débats ne signifient pas que la souffrance liée au jeu excessif n’existe pas. Ils rappellent surtout que tous les joueurs intensifs ne sont pas addicts, et que chaque situation doit être analysée individuellement.

Lorsque le jeu entraîne une perte de contrôle, des difficultés financières ou un impact durable sur la santé mentale, il est essentiel de ne pas minimiser le problème.

👉 Pour une approche plus complète, axée sur la prévention, les signes d’alerte et les solutions d’accompagnement, nous recommandons de consulter notre page dédiée à l’addiction au casino et à la prévention des comportements à risque.

Conclusion

L’addiction au jeu reste un sujet complexe, à la croisée de la psychologie, de la santé publique et des pratiques culturelles. Si le consensus scientifique n’est pas total, une chose est certaine : le jeu peut devenir problématique dans certaines circonstances, et ces situations méritent une information claire, nuancée et responsable.

Reconnaître les excès sans pathologiser systématiquement les comportements permet d’aborder le sujet avec plus de justesse — au bénéfice des joueurs comme de la prévention.

Envie d’en savoir plus sur la protection des joueurs ?

Pour approfondir le sujet, découvrez notre analyse consacrée au débat autour de l’existence même de l’addiction au jeu, ainsi que notre article dédié aux adolescents confrontés aux risques d’addiction au jeu, une population pour laquelle la prévention est essentielle.

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